Le 1er mars 2026 est entré en vigueur le plafonnement du CPF pour les actions de formation visant une certification inscrite au Répertoire Spécifique de France compétences. 1 500 €, c’est désormais le montant maximum qui pourra être mobilisé sur le CPF des bénéficiaires pour une telle action de formation. En plus de ce plafonnement, le reste à charge obligatoire instauré en 2024 est maintenu.  

Le plafonnement du CPF s’inscrit dans une série de mesures destinées à encadrer l’utilisation des fonds, à recentrer le dispositif sur des parcours jugés prioritaires et à réaliser des économies alors que les finances publiques sont sous tension. On assiste à un recentrage vers un modèle contributif plutôt que totalement financé par les fonds publics.  

Dans cette analyse synthétique, nous avons voulu mettre en lumière les conséquences probables de cette évolution.
 

1. Une évolution de l’offre vers des formats plus courts...
ou plus longs. 

Le plafonnement entraîne un ajustement rapide des pratiques tarifaires des organismes de formation afin de rester dans un cadre financièrement « acceptable » pour les publics visés. Pour les formations visant une certification inscrite au RS, un prix standard de 1603,20 € (Plafond + ticket modérateur) risque de se généraliser.

Afin de s’adapter, les organismes de formation auront deux possibilités - ou peut-être un peu des deux :

Un autre phénomène risque également de se produire : une évolution de l’offre vers des formations plus longues, visant des certifications inscrites au RNCP, celles‑ci n’étant pas concernées par le plafonnement.

L’offre actuelle est composée à 76% de formations RS, soit 165 203 offres contre 50 861 pour le RNCP. Les formations RS durent en moyenne 19,6 heures tandis que les parcours RNCP atteignent 329 heures. Sur le plan tarifaire, les formations RNCP présentent un coût moyen de 5 208 euros contre 2 037 euros pour les RS. Ces écarts renforcent l’intérêt des RNCP, plus longs et non plafonnés, pour les organismes de formation.

2. Une évolution des publics bénéficiaires.

Si le plafonnement concerne tous les bénéficiaires, le reste à charge en vigueur depuis 2024 ne concerne pas tous les publics, et notamment :

Dans la même logique, on peut imaginer que la part de ces publics qui a déjà augmenté avec la mise en place d’un reste à charge dont ils sont exonérés, va continuer d’augmenter avec la mise en place du plafonnement, qui écartera mécaniquement davantage les publics ne bénéficiant pas de financements complémentaires à l’instar des demandeurs d’emploi ou des salariés dont l’entreprise finance en tout ou partie l’action de formation.

Selon France compétences, les bénéficiaires de 2024 étaient plus jeunes, plus diplômés et plus souvent en recherche d’emploi qu’en 2023, signe d’une hausse des publics exonérés du reste à charge. Le reste à charge freine 46 % des salariés, dont 53 % des employés contre 37 % des cadres. Les demandeurs d’emploi et les salariés bénéficiant d’un abondement employeur mobilisent ainsi plus facilement le CPF, tandis que les autres actifs s’en trouvent progressivement écartés. La dépendance au cofinancement se renforce également, 39 % des actifs qui comptent désormais sur leur entreprise pour financer le reste à charge.  

Quid des entrepreneurs ?                                    
Un autre type de public dont on parle peu: les entrepreneurs individuels non demandeurs d’emploi. Pour ceux-ci, le CPF était un dispositif permettant de se former sans abondement et sans avoir à y investir de l’argent dont ils ne disposent pas toujours. Le plafonnement risque de mettre un coup d’arrêt important à leurs projets de formation, pourtant indispensable à l’époque où nous vivons où les compétences deviennent très vite obsolètes, en particulier avec l’évolution rapide des technologies.  

3. De la casse au niveau de la filière formation.

Au-delà des impacts sur l’offre et les publics bénéficiaires, le plafonnement du CPF est une nouvelle difficulté pour toute la filière de la formation, qui a certes connu, sous l’impulsion des pouvoirs publics, une croissance importante ces 10 dernières années et en particulier sur les dispositifs du CPF et de l’apprentissage.

Historiquement très intermédié, le marché de la formation professionnelle s’est bâti sur des financements publics importants, qui ont en plus contraint les organismes de formation à les utiliser, ont façonné les usages des bénéficiaires pour qui la formation professionnelle est souvent perçue comme gratuite ou prise en charge.

Le plafonnement du CPF intervient dans un contexte où le financement de la formation est déjà sous tension, France compétences ayant validé 1,39 million de dossiers en 2024 alors que les mesures de régulation et de lutte contre la fraude ont entraîné un recul des entrées en formation entre 2022 et 2023. Cette nouvelle contrainte ajoute une pression supplémentaire à une filière historiquement dépendante des financements publics, fragilisée par la baisse des volumes et par une hausse des défaillances d’entreprises, poussant de nombreuses TPE du secteur à devoir ajuster rapidement leur modèle économique.    

C’est l’ensemble de la filière qui est déstabilisée par cette nouvelle mesure, et pas uniquement les organismes peu scrupuleux dont les pouvoirs publics font « la chasse ». Le plafonnement intervient en effet dans un contexte où le gouvernement a déjà renforcé son plan de lutte contre la fraude au CPF, avec l’interdiction du démarchage commercial, la généralisation de FranceConnect+ et un contrôle accru des dossiers par la Caisse des Dépôts. Ces mesures, pleinement opérationnelles en 2026, ont déjà contribué à un recul du nombre d’entrées en formation entre 2022 et 2023, ce qui accentue encore la pression sur une filière très dépendante du dispositif  

Cela vient s’ajouter à une conjoncture économique déjà morose et dont tous les secteurs, y compris celui de la formation, souffrent. L’année 2025 a connu un niveau de défaillances d’entreprises parmi les plus élevés de la décennie, signe d’un affaiblissement général du tissu économique dans un contexte de ralentissement prolongé. Le secteur de la formation n’a pas été épargné et, déjà fragilisé par la baisse du recours au CPF entre 2022 et 2023, aborde le plafonnement de 2026 dans une situation particulièrement vulnérable.

Les organismes de formation sont avant tout des TPE fragilisées par l’instabilité réglementaire à laquelle ils font face pour pouvoir continuer d’assurer leur mission de la montée en compétence, particulièrement vitale en période de crise d’une part, et d’autre part pour permettre à nos entreprises de rester innovantes, compétitives et productives dans l’économie mondiale.

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